Israël Ouvre Son Premier Pavillon National au Marrakech Airshow

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Le ministère de la Défense israélien a ouvert ce mois-ci son premier pavillon national dans un salon marocain de l’armement, rendant visible sur un stand une relation diplomatique vieille de six ans. Le geste survient quelques semaines après que la France a restreint la présence israélienne au salon Eurosatory, à Paris.

Photo : des aéronefs exposés au Marrakech Air Show 2026. Crédit : U.S. Air Force photo by Staff Sgt. Brooke Rogers, domaine public, via Wikimedia Commons

Le ministère israélien de la Défense (IMOD) indique que sa direction de la coopération internationale en matière de défense, SIBAT, a conduit une délégation de huit entreprises au Marrakech Airshow, qui s’est tenu du 7 au 10 octobre sur une base des Forces royales air marocaines, près de la ville. Cinq d’entre elles – ASIO Technologies, Orbit Communication Systems, SHILAT Optronics, UVision Air et XTEND Systems – partageaient le pavillon national, tandis qu’Elbit Systems, Israel Aerospace Industries (IAI) et Rafael Advanced Defense Systems exposaient séparément. C’est la première fois que l’IMOD déploie un pavillon officiel dans un salon marocain de défense depuis la normalisation des relations entre les deux pays, en décembre 2020. Avant l’ouverture du salon, DefenceMENA avait rapporté qu’IAI serait présente pour la première fois à Marrakech ; l’ampleur réelle de la délégation israélienne, avec un pavillon national à huit entreprises, n’a été confirmée qu’une fois le salon ouvert.

Le général de brigade (réserve) Yair Kulas, à la tête de SIBAT, a qualifié ce lancement de jalon pour le ministère et pour la politique d’exportation de l’industrie de défense israélienne. Les équipements exposés étaient dominés par les systèmes sans pilote : munitions rôdeuses, robotique assistée par intelligence artificielle, navigation autonome pour drones, guidage laser pour drones FPV (vue à la première personne) et équipements de communication par satellite – la même gamme de produits que les entreprises israéliennes vendent au Maroc depuis plusieurs années.

Un contournement après le camouflet d’Eurosatory

Le calendrier n’est pas anodin. En juin, la France a interdit à Israël un pavillon national au salon Eurosatory, à Paris, et limité les industriels israéliens à des stands consacrés à la défense aérienne – une décision que des responsables israéliens ont qualifiée de politique. Marrakech a offert à SIBAT une scène alternative sur un marché déjà courtisé, nettement plus proche que les salons du Golfe où les entreprises israéliennes se sont également implantées depuis les accords d’Abraham.

Un arsenal israélien qui s’étoffe au Maroc

L’ouverture de ce pavillon n’est pas tant un nouveau contrat qu’un marqueur public de l’ampleur déjà atteinte par la relation bilatérale. Comme DefenceMENA l’a déjà rapporté, le Maroc a acheté le lance-roquettes PULS d’Elbit, des canons automoteurs Atmos de 155 mm, le drone Hermes 900 et la munition rôdeuse SkyStriker, le système de défense aérienne Barak 8 d’IAI ainsi que le système SPYDER de Rafael, et serait en négociations pour le bouclier antimissile israélien David’s Sling. BlueBird Aero Systems, filiale d’IAI, a déjà formé une équipe technique marocaine et ouvert un site à Benslimane pour assembler localement la munition rôdeuse SpyX.

Ce modèle d’assemblage local est révélateur. Il permet à Rabat de revendiquer un transfert de technologie et une participation industrielle tout en restant dépendant des conceptions, des logiciels et des pièces détachées israéliens – un schéma que le Maroc applique aussi avec ses fournisseurs turcs et indiens, comme le détaille l’analyse de DefenceMENA sur les systèmes d’armement israéliens en service dans les armées africaines. Le budget de défense marocain pour 2026 est évalué à environ 15,7 milliards de dollars, un record, et les autorités ont clairement indiqué leur intention de continuer à faire jouer la concurrence entre fournisseurs plutôt que de se lier à un seul partenaire.

Sur le plan diplomatique, ce pavillon fait suite à une rencontre le 16 septembre à New York entre le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, et son homologue marocain, Nasser Bourita, où les deux parties se sont accordées pour élever leurs bureaux de liaison au rang d’ambassades et échanger des ambassadeurs. Aucun ambassadeur n’avait été nommé au moment du salon.

Pourquoi c’est important pour l’Afrique

Le Maroc est aujourd’hui l’un des exemples les plus nets sur le continent d’une puissance moyenne qui utilise ses achats d’armement comme un outil de diversification et de rapport de force, plutôt que comme un gage de fidélité à un seul partenaire. En faisant jouer simultanément des fournisseurs israéliens, turcs, américains et indiens – drones Baykar, partenariat avec Tata pour des tourelles, chars Abrams et désormais un pavillon national israélien sur son propre sol –, Rabat s’est dégagé une marge de négociation que peu de forces armées africaines peuvent obtenir par le seul budget. Pour un continent où de nombreux gouvernements restent dépendants d’un fournisseur historique unique, le modèle marocain est suivi avec attention par des responsables des achats de défense ailleurs en Afrique du Nord et de l’Ouest, soucieux d’échapper à cette dépendance. Il montre aussi que les entreprises israéliennes, poussées hors de certains marchés européens par les retombées politiques de la guerre à Gaza, considèrent désormais les salons de défense africains comme un relais de croissance plutôt qu’un pis-aller.

Sources

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Amadou Diallo Auteur/autrice All articles

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