Systèmes d’armement israéliens en service dans les armées africaines

Systèmes d’armement israéliens en service dans les armées africaines
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Des systèmes israéliens de défense aérienne, d’artillerie, de drones et d’armement individuel ont intégré les arsenaux africains par un ensemble de contrats signés, de livraisons rapportées et d’affirmations de presse non confirmées. Cette galerie passe en revue six systèmes dont l’usage africain est documenté ou crédiblement rapporté, avec l’opérateur, le statut d’acquisition et la source principale pour chacun.

DEFENCE AFRICA | Galerie évergreen | Données en date d’octobre 2026

Les exportations de défense israéliennes vers l’Afrique ont progressé au cours de la dernière décennie, portées surtout par la normalisation diplomatique avec le Maroc dans le cadre des accords d’Abraham de 2020 et par une demande africaine croissante de défense aérienne étagée face aux menaces de drones et de roquettes. La base de données SIPRI sur les transferts d’armes recense Israël comme fournisseur d’armements majeurs à sept États africains entre 2021 et 2025, une part modeste des exportations mondiales israéliennes mais en progression, concentrée sur les radars de défense aérienne, les munitions rôdeuses, l’artillerie et les drones de surveillance.

Le Maroc concentre l’essentiel du volume publiquement documenté, reflet de son accord de normalisation de 2020 avec Israël et d’une politique affichée de diversification par rapport à sa dépendance historique envers les fournisseurs français. L’achat du système SPYDER par le Kenya en décembre 2025 marque l’une des premières ventes israéliennes de défense aérienne confirmées et financées par prêt à un État d’Afrique de l’Est en dehors de ce canal bilatéral marocain. La flotte de drones ougandaise et une poignée de ventes d’armement individuel et d’artillerie à d’autres États complètent un tableau qui reste bien plus modeste, et bien moins transparent, que l’empreinte chinoise ou turque sur le continent.

Faits clés

  • Le système de défense aérienne SPYDER du Kenya a été livré en décembre 2025 dans le cadre d’un accord financé par prêt d’environ 26 millions de dollars (The Defense Post, décembre 2025).
  • Le contrat marocain Barak MX d’IAI, signé en février 2022, était évalué à environ 500 millions de dollars (Globes, février 2022).
  • Israël a livré des armements majeurs à sept États africains entre 2021 et 2025, selon la base de données SIPRI sur les transferts d’armes.
  • Israël représentait environ 11 % des importations d’armement du Maroc entre 2020 et 2024, selon les données SIPRI, derrière la France à 15 %.
  • L’Ouganda aurait mis en œuvre une vingtaine d’UAV de type Hermes 900 depuis environ 2019-2022, selon Military Africa.

1. Système de défense aérienne mobile SPYDER — en service opérationnel au Kenya, rapporté ailleurs

Simulateur d'entraînement du système de défense aérienne SPYDER présenté lors d'une cérémonie de remise
Remise d’un centre de simulation d’entraînement SPYDER, Force aérienne philippine, avril 2022 (un opérateur non africain du SPYDER, montré à titre de référence). Crédit : Philippine Air Force (PAF) Air Defense Command Headquarters, domaine public, via Wikimedia Commons

Le SPYDER (Surface-to-air PYthon and DERby) de Rafael est un système de défense aérienne mobile à courte et moyenne portée, combinant les missiles infrarouges Python-5 et les missiles à guidage radar Derby sur un lanceur monté sur camion, dirigé par le radar EL/M-2106 d’ELTA. Kenya (opérationnel) : les Forces de défense kényanes ont réceptionné le système à la mi-décembre 2025, dans le cadre d’un accord d’environ 3,4 milliards de shillings kényans (26 millions de dollars) financé par un prêt adossé au gouvernement israélien et lié à un accord de sécurité bilatéral entre les présidents Ruto et Netanyahou, selon The Defense Post et Defence-Blog (décembre 2025). Cet achat intervient après des années de prolifération croissante des drones et roquettes en Afrique de l’Est. Les portées annoncées varient selon les sources et ne sont pas vérifiées indépendamment ici. Globes a rapporté en 2024, en citant des médias étrangers non nommés, que le Maroc aurait déjà acquis le SPYDER, mais ni Rabat ni Rafael n’ont confirmé cette information, qui est donc traitée ici comme une affirmation non confirmée plutôt que comme un second opérateur à part entière.

2. Système de défense aérienne Barak MX — livré au Maroc, déploiement rapporté

Le Barak MX d’IAI est un système de défense aérienne et antimissile modulaire et multicouche, capable de tirer des intercepteurs de portées différentes depuis un même lanceur, dirigé par le radar multimission EL/M-2084 d’ELTA. Maroc (livré) : IAI a signé avec le Maroc un contrat de plus de 500 millions de dollars en février 2022, après un protocole d’accord de défense signé lors de la visite en novembre 2021 de l’alors ministre israélien de la Défense Benny Gantz (Globes, février 2022). Morocco World News et des comptes marocains spécialisés dans le suivi militaire ont rapporté l’arrivée des premières livraisons de composants à partir du milieu de l’année 2023. Une analyse d’images satellites en source ouverte, relayée par Globes début 2026, suggère que le système aurait depuis été activé sur la base de défense aérienne de Sidi Yahya près de Rabat, bien que cette affirmation de déploiement repose sur une analyse satellitaire et électromagnétique plutôt que sur une déclaration officielle marocaine ou israélienne. DefenceMENA a couvert l’ensemble du calendrier d’acquisition dans Why Morocco Bought the Barak MX Air Defense System.

3. Obusier automoteur ATMOS 2000 de 155 mm — commandé par le Maroc, en service de longue date au Rwanda

Obusier automoteur ATMOS 2000 de 155 mm monté sur châssis de camion
Obusiers automoteurs ATMOS 2000 de 155 mm livrés à la 6e division d’infanterie de l’armée philippine, septembre 2022 (un opérateur non africain de l’ATMOS, montré à titre de référence). Crédit : 6th Infantry « Kampilan » Division, armée philippine, domaine public, via Wikimedia Commons

L’ATMOS 2000, fabriqué par l’unité Soltam d’Elbit Systems, monte un obusier de 155 mm/52 calibres sur un châssis de camion 6×6, permettant un déploiement rapide sans porteur chenillé dédié. Maroc (commandé) : Rabat a commandé 36 unités d’ATMOS 2000 montées sur camions tchèques Tatra 6×6 en février 2025, un contrat que la presse spécialisée régionale a relié à des tensions avec le fournisseur français KNDS après une précédente commande d’obusiers Caesar, certaines unités Caesar livrées étant par ailleurs rapportées non opérationnelles (Defence24, février 2025). Rwanda (opérationnel) : Army Recognition a publié des images de forces rwandaises tirant avec un ATMOS 2000 lors d’un exercice de tir réel le 4 novembre 2016, la plus ancienne preuve publique confirmée de ce type en service rwandais ; Kigali n’a jamais officiellement annoncé cet achat, et la date d’acquisition n’est pas confirmée indépendamment au-delà de cette observation de 2016.

4. Système de lance-roquettes multiple PULS — rapporté en service au Maroc

Le PULS (Precise and Universal Launching System) d’Elbit est un lance-roquettes d’artillerie modulaire capable de tirer des roquettes guidées Accular (portée annoncée d’environ 35 km) et des missiles guidés EXTRA (portée annoncée d’environ 150 km) depuis le même châssis. Maroc (livré) : Elbit a annoncé en 2023 un contrat d’environ 150 millions de dollars, sur trois ans, pour des lanceurs PULS et des munitions, avec un client international non nommé ; des médias marocains et espagnols, citant des images diffusées par des comptes marocains spécialisés en défense, ont identifié le Maroc comme l’acheteur non divulgué (Army Recognition, 2023). Morocco World News a rapporté en août 2025 que les Forces armées royales avaient testé un missile guidé EXTRA à sa portée maximale annoncée, depuis un site du sud-est du Maroc. Elbit n’a pas publiquement nommé le Maroc comme client, et aucune déclaration du gouvernement marocain ne confirme l’accord ; le statut retenu ici reflète la convergence de sources spécialisées et de renseignement en source ouverte, plutôt qu’une annonce officielle.

5. Drone Hermes 900 — rapporté opérationnel en Ouganda

Drone à moyenne altitude et longue endurance Hermes 900 d'Elbit Systems au décollage
Drone Hermes 900 d’Elbit Systems au décollage. Crédit : Nehemia Gershuni-Aylho, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Le Hermes 900 (Kochav) est un drone à moyenne altitude et longue endurance construit par Elbit Systems pour la reconnaissance et la surveillance persistantes, avec une endurance annoncée d’environ 36 heures. Ouganda (opérationnel) : Military Africa a rapporté en 2022 que les Forces de défense populaires ougandaises mettaient en œuvre une vingtaine de drones MALE identifiés comme des Hermes 900, livrés selon ces rapports vers 2019 ; defenceWeb décrit séparément un nouveau drone MALE ougandais qu’il identifie de la même manière. Ni Kampala ni Elbit n’ont publié de confirmation officielle du type, si bien que l’identification Hermes 900 elle-même, et pas seulement la date de livraison, doit être considérée comme rapportée plutôt qu’officiellement vérifiée. Par ailleurs, des Hermes 900 exploités par des prestataires privés ont appuyé la reconnaissance de la mission de maintien de la paix des Nations unies au Mali, un usage non national sous contrat de l’ONU et non une acquisition par une force aérienne africaine. Les drones israéliens côtoient des appareils turcs et chinois dans plusieurs flottes régionales ; voir How Nigeria Built Its Turkish-Chinese Drone Fleet pour un cas comparable construit surtout sur d’autres fournisseurs.

6. Fusils bullpup Tavor et X95 — en service dans plusieurs forces africaines

Fusil d'assaut bullpup IWI Tavor CTAR porté par un soldat
Soldat israélien portant le fusil d’assaut compact IWI Tavor CTAR. Crédit : Natan Flayer, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Les fusils bullpup 5,56 mm Tavor et leur variante à canon raccourci X95, produits par Israel Weapon Industries, équipent les forces armées israéliennes elles-mêmes et sont largement commercialisés à l’export comme armes d’infanterie compactes et modernes. Nigéria (opérationnel) : Army Recognition a rapporté en 2020 que le Tavor était devenu le fusil de combat standard du régiment de la force aérienne nigériane, la marine nigériane et le service de sécurité d’État l’adoptant également. Angola (opérationnel) : l’identification en source ouverte des armes légères place le X95 en service dans les forces armées angolaises. Sénégal et Côte d’Ivoire (opérationnel) : des observateurs spécialisés en armement léger ont photographié des membres des forces spéciales sénégalaises, y compris des troupes déployées auprès de la mission onusienne en République centrafricaine, ainsi que des forces spéciales ivoiriennes portant des variantes Tavor CTAR et X95. Aucun de ces gouvernements n’a publié d’annonce formelle d’acquisition ; ces identifications reposent sur des photographies officielles et des observateurs spécialisés en armement léger plutôt que sur des déclarations de ministères de la Défense, et sont donc traitées ici comme rapportées plutôt que contractuellement confirmées.

Pourquoi c’est important pour l’Afrique

Les fournisseurs israéliens restent une part mineure des importations d’armement africaines face à la Chine, la Russie, la Türkiye, la France et les États-Unis, mais ils occupent des créneaux précis : la défense aérienne étagée contre les menaces de drones et de roquettes qui ont proliféré au Sahel et dans la Corne de l’Afrique, l’artillerie montée sur camion ne nécessitant pas de porteur chenillé dédié, et les drones de renseignement persistants pour la surveillance des frontières et des insurrections. La série de contrats marocains illustre comment une normalisation diplomatique peut ouvrir rapidement un canal industriel de défense, les systèmes israéliens venant s’ajouter aux fournisseurs français et américains de longue date plutôt que les remplacer. L’achat du SPYDER par le Kenya illustre un second schéma : un accord d’État à État financé par prêt, lié à une relation de sécurité bilatérale plutôt qu’à un appel d’offres concurrentiel. Pour les forces armées du continent confrontées à des menaces de drones et de roquettes à faible coût avec des budgets limités, ces programmes offrent un point de comparaison sur les coûts, les montages financiers et les délais de livraison, à mettre en regard des alternatives chinoises, turques et occidentales. La rareté des confirmations officielles pour plusieurs de ces contrats illustre cependant aussi un déficit plus large de transparence dans le compte-rendu des acquisitions africaines, qui complique la vérification indépendante.

Sources

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Amadou Diallo Auteur/autrice All articles

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