EDGE signe un contrat pour armer la flotte de drones du Maroc de munitions de précision

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Le groupe de défense émirati EDGE a signé un contrat de fourniture d’armement avec l’Administration de la Défense Nationale (ADN) marocaine, dotant la flotte croissante de drones armés des Forces Royales Air de nouvelles munitions à guidage de précision. Un protocole d’accord parallèle ouvre la voie à une production locale d’armes légères et de moteurs d’avion au Maroc.

Photo : un drone de combat Bayraktar TB2, un des types de drones en service au Maroc. Crédit : Defence research forum, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Les accords ont été signés le 9 octobre au Marrakech Air Show, ont confirmé EDGE et les médias d’État émiratis, bien que l’affaire n’ait attiré une attention plus large que cette semaine. La branche missiles et armements du groupe basé à Abou Dabi fournira au Maroc deux munitions guidées et assurera leur intégration sur l’ensemble de la flotte de drones de combat (UCAV) de l’armée de l’air, y compris les modifications d’aéronefs et les logiciels nécessaires pour les emporter.

Ce qu’EDGE va fournir

Le contrat porte sur deux systèmes conçus par la filiale HALCON d’EDGE. Le DESERT STING 16 (DS-16) est une bombe planante guidée de 23 kg, dotée d’une charge militaire de 12 kg et d’une portée annoncée pouvant atteindre 15 km lorsqu’elle est larguée à 30 000 pieds. Le THUNDER P-31 est un kit de guidage qui transforme une bombe classique Mk 81 en arme de précision, avec une portée allant jusqu’à 10 km depuis un drone et jusqu’à 20 km depuis un aéronef plus rapide et volant plus haut. Les deux munitions utilisent une navigation inertielle assistée par GNSS et peuvent recevoir, en option, un autodirecteur laser semi-actif pour frapper des cibles mobiles ou désignées.

Ni EDGE ni l’ADN n’ont dévoilé la valeur du contrat, le calendrier de livraison, ni la répartition des munitions entre les différents types de drones marocains. EDGE avait déjà annoncé, en janvier 2024, un programme d’intégration du DS-16 sur les Bayraktar TB2 marocains : ce contrat semble donc formaliser et élargir ce travail antérieur plutôt que de partir de zéro.

La flotte de drones du Maroc

Le Maroc a constitué l’un des inventaires de drones armés les plus diversifiés d’Afrique. Les Forces Royales Air exploitent des Bayraktar TB2 turcs et, selon plusieurs sources, le plus grand Akıncı, aux côtés de systèmes chinois Wing Loong II. Rabat a ainsi superposé des équipements venus de multiples fournisseurs : son armée de l’air opère aussi l’hélicoptère d’attaque AH-64E Apache (acheté aux États-Unis) et aurait exploré le bouclier antimissile israélien David’s Sling pour sa défense aérienne (des pourparlers révélés dès 2025). L’ajout des munitions de précision d’EDGE donne à ces drones une capacité de frappe à distance qui ne dépend plus des chaînes d’approvisionnement en munitions turques ou chinoises.

Le protocole d’accord sur la production

Le second accord signé à Marrakech est un protocole d’accord chargeant EDGE et l’ADN d’identifier des opportunités de production locale d’armes légères et de moteurs d’avion, en passant par des partenariats avec des entreprises marocaines plutôt qu’en confiant la fabrication à EDGE seul. CARACAL, la filiale d’armes légères et de munitions d’EDGE, et POWERTECH, sa filiale de moteurs d’avion et de propulsion, sont les véhicules les plus probables pour ce travail, même si aucun accord de fabrication ni aucun chiffre n’a été annoncé. Le directeur général et PDG d’EDGE, Hamad Al Marar, a décrit cette approche comme fondée sur « l’échange de connaissances, la production locale et le transfert de technologie », qualifiant le Maroc de partenaire africain clé.

Cet accord s’inscrit dans une expansion plus large d’EDGE sur le continent cette année : le groupe met en œuvre un programme naval évalué à 1 milliard d’euros en Angola, a signé en 2025 une lettre d’intention avec le ministère angolais de l’Intérieur sur la sécurité frontalière, et négocierait un accord de 300 millions de dollars avec le Nigeria. Saif Al Dahbashi, président d’EDGE pour les missiles et les armements, a déclaré que le contrat marocain répond aux besoins propres des Forces Royales Air et offre « un approvisionnement garanti et un soutien à long terme » — un message destiné à rassurer Rabat sur la continuité des livraisons, indépendamment des tensions politiques entre ses autres fournisseurs.

Pourquoi c’est important pour l’Afrique

Le Maroc figure déjà parmi les opérateurs de drones les plus capables du continent, et les munitions de précision combinent un vrai manque : des drones armés bon marché ne valent que par les armes qu’ils emportent, et la dépendance à un seul fournisseur pour ces munitions crée un point d’étranglement stratégique. En diversifiant son fournisseur de munitions vers les Émirats arabes unis tout en conservant ses cellules turques et chinoises, Rabat couvre son programme de drones de la même manière qu’il a couvert le reste de son arsenal. Le protocole sur la production locale, même s’il ne débouche jamais sur un accord d’usine signé, illustre aussi comment les groupes de défense du Golfe utilisent les marchés africains — pas seulement le Moyen-Orient — pour proposer coproduction et transfert de technologie, afin de décrocher des contrats que les seules ventes d’armes ne garantiraient pas. Pour la posture sécuritaire du Maroc face au Sahel, une flotte de drones plus capable et mieux armée étend également sa portée le long d’une zone frontalière où l’Algérie et le Front Polisario restent la préoccupation stratégique centrale.

Sources

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Amadou Diallo Auteur/autrice All articles

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