Le Maroc Signe un Contrat EDGE pour les Munitions Guidées Desert Sting 16 et Thunder P-31

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Le groupe émirati EDGE a signé un contrat avec l’Administration de la Défense Nationale marocaine pour la fourniture de bombes planantes Desert Sting 16 et de kits de précision Thunder P-31 destinés à la flotte de drones de combat des Forces royales air. Un protocole d’accord distinct porte sur une production locale d’armes légères et de moteurs de drones au Maroc.

Photo : un drone de combat de type Bayraktar TB2, l’une des plateformes sans pilote déjà en service dans les Forces royales air marocaines. Crédit : Kingbjelica, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

EDGE Group a annoncé le 9 octobre avoir signé cet accord avec l’Administration de la Défense Nationale (ADN) marocaine, à l’occasion du Marrakech Air Show, qui s’est tenu du 7 au 10 octobre. Le conglomérat d’Abou Dabi va fournir aux Forces royales air (FRA) deux munitions de précision fabriquées aux Émirats arabes unis, et en assurer l’intégration sur l’ensemble de la flotte de véhicules aériens de combat sans pilote (UCAV) marocaine.

Ce qui a été signé

Le contrat porte sur deux armements développés par des filiales d’EDGE. Le Desert Sting 16 (DS-16) est une bombe planante guidée de 23 kg, d’une portée allant jusqu’à 15 km, combinant navigation inertielle assistée par GNSS et un autodirecteur laser semi-actif optionnel. Le Thunder P-31 est un kit de guidage qui transforme la bombe généraliste MK 81 en munition à guidage de précision, avec une portée d’environ 10 km lorsqu’elle est larguée depuis un aéronef sans pilote, et jusqu’à 20 km depuis des plateformes plus rapides et volant plus haut.

Selon Janes, le Desert Sting avait déjà été intégré sur le Bayraktar TB2 pour l’armée de l’air émiratie, mais le contrat marocain constitue le premier cas documenté d’association de la gamme Thunder avec un aéronef sans pilote. Les FRA ne communiquent pas en détail sur leur parc d’UCAV, mais plusieurs sources ouvertes évoquent la présence, dans l’inventaire marocain, du Bayraktar TB2 turc, du plus imposant Akıncı, ainsi que du Wing Loong II chinois. EDGE et l’ADN n’ont précisé ni les appareils qui recevront ces nouvelles munitions, ni la valeur du contrat, ni les quantités, ni le calendrier d’intégration.

En parallèle du contrat de munitions, les deux parties ont signé un protocole d’accord distinct, à un stade plus préliminaire, pour explorer une production locale au Maroc d’armes légères haute performance sous la marque Caracal d’EDGE, ainsi que de systèmes de propulsion pour drones sous sa marque Powertech, selon Ecoactu.ma. Ce volet n’a pas encore dépassé le stade du protocole d’accord.

L’arsenal de drones marocain en pleine expansion

Le Maroc s’est constitué, ces dernières années, l’une des flottes de drones les plus importantes et les plus diversifiées d’Afrique. Il exploite des Bayraktar TB2 turcs et développerait un programme plus large d’UCAV et de drones d’attaque, dont le drone de frappe Irifi, d’une portée annoncée de 2 000 km, en cours de développement avec Harmattan AI. Les Forces royales air ont par ailleurs intégré le système de défense aérienne israélien Barak MX et sont le client de lancement du nouveau F-16 Block 72 de Lockheed Martin, dont le premier exemplaire a effectué son vol inaugural depuis Greenville, en Caroline du Sud, le 6 octobre.

Jusqu’à présent, l’investissement marocain dans les drones portait avant tout sur les cellules elles-mêmes, sans que l’armement associé soit rendu public. Le contrat avec EDGE marque la première fois que Rabat associe un nom et une fiche technique précise aux munitions que porteront ses drones, plutôt que de laisser cette question à la seule déduction à partir du type d’appareil.

EDGE étend son empreinte africaine et régionale

L’accord marocain s’inscrit dans une série de contrats signés par EDGE en Afrique et dans l’espace golfique élargi cette année. En Angola, EDGE et le chantier français CMN livrent la première de trois corvettes BR71 Mk II dans le cadre d’un programme d’environ un milliard d’euros, et EDGE a déjà livré six drones navals HT-100 à la marine angolaise avant la remise de la première unité. EDGE a également signé un contrat de 2,45 milliards de dollars avec le Koweït pour des vedettes lance-missiles Falaj-3. Ces trois contrats montrent qu’EDGE se positionne comme fournisseur de systèmes complets, navals et aériens, combinant matériel, munitions et, de plus en plus, des accords de production locale, plutôt que de simples ventes d’équipements isolés.

Pour le Maroc, le protocole Caracal/Powertech s’inscrit dans une stratégie industrielle plus large : Rabat vise à porter les exportations de son secteur aéronautique d’environ 3 à 5 milliards de dollars en trois ans, et a par ailleurs signé un accord avec l’indien MKU pour la construction d’une usine d’électro-optique et de blindage sur son territoire. Localiser la production de munitions et de moteurs de drones prolongerait cette stratégie, des cellules et composants vers les armements de précision eux-mêmes.

Pourquoi c’est important pour l’Afrique

Sur le papier, l’armée de l’air marocaine est déjà la plus capable d’Afrique du Nord, et le contrat avec EDGE referme l’écart entre les drones qu’elle exploite et les armements qu’ils emportent. Une flotte d’UCAV dotée de munitions de précision intégrées et documentées modifie les calculs des armées de l’air voisines, ainsi que l’environnement sécuritaire sahélien dans lequel des drones marocains pourraient, le cas échéant, être employés. Elle approfondit aussi l’empreinte industrielle des Émirats arabes unis en Afrique du Nord, à un moment où les pays du Golfe se livrent une concurrence accrue pour les relations d’exportation de défense sur le continent : EDGE au Maroc et en Angola, des industriels turcs comme ASELSAN et Baykar en Afrique de l’Ouest et australe, tandis que les fournisseurs européens et américains restent dominants en Égypte et dans les marchés francophones d’Afrique subsaharienne. Si le protocole de production locale dépasse son stade actuel, il ferait aussi du Maroc l’un des rares États africains à afficher l’ambition de fabriquer des composants de munitions guidées de précision, plutôt que de simplement exploiter du matériel importé.

Sources

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Amadou Diallo Auteur/autrice All articles

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