L’ONU renouvelle l’embargo sur les armes au Darfour, rejette son extension au Soudan

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Le Conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé à l’unanimité les sanctions sur le Darfour et l’embargo sur les armes jusqu’au 11 décembre, mais a rejeté une proposition américaine visant à étendre cet embargo à l’ensemble du Soudan, la Russie et la Chine ayant bloqué la mesure élargie. Le vote intervient alors que des enquêteurs de l’ONU continuent de documenter les réseaux d’armement étrangers qui alimentent les deux camps de la guerre civile soudanaise.

Photo : la salle du Conseil de sécurité de l’ONU lors d’une réunion de haut niveau à New York. Crédit : Département d’État des États-Unis, domaine public, via Wikimedia Commons

Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté le 9 octobre pour prolonger de deux mois, jusqu’au 11 décembre, les sanctions et l’embargo sur les armes visant la région soudanaise du Darfour, et a prolongé jusqu’au 11 janvier 2027 le mandat du groupe d’experts chargé de surveiller leur application, a rapporté The Defense Post en citant la couverture de la session par Al Jazeera. Les 15 membres ont tous soutenu la mesure.

Ce vote maintient inchangé le cadre fixé par la résolution 1591, qui restreint les transferts d’armes aux parties impliquées dans le conflit au Darfour et impose des interdictions de voyager ainsi que des gels d’avoirs à des individus et entités désignés. Il fait suite à une prolongation technique d’un mois adoptée le 11 septembre sous la résolution 2828, qui avait maintenu le régime de sanctions en vigueur pendant que le Conseil négociait un renouvellement de plus longue durée.

La proposition américaine d’embargo bloquée

Les États-Unis avaient plaidé pour un embargo sur les armes couvrant l’ensemble du Soudan, estimant qu’une restriction limitée au Darfour ne reflétait plus l’ampleur d’une guerre qui s’est étendue bien au-delà de la région depuis le début des combats en avril 2023. La Russie et la Chine s’y sont opposées, et la mesure élargie n’a pas été adoptée. Le gouvernement soudanais s’y est également opposé, affirmant qu’un embargo à l’échelle nationale porterait atteinte à son droit de légitime défense face aux Forces de soutien rapide (FSR).

Cette division laisse le régime de sanctions du Conseil inchangé dans sa portée, alors même que le conflit s’est durci en une partition de fait, les Forces armées soudanaises (SAF) contrôlant le centre et l’est du pays et les FSR tenant la majeure partie du Darfour ainsi que des portions du sud.

Une guerre alimentée par des réseaux étrangers

Ce renouvellement intervient quelques semaines après qu’une mission d’enquête appuyée par l’ONU a révélé en septembre que des réseaux impliquant des individus et des entités basés aux Émirats arabes unis, au Tchad, en Libye et en Somalie avaient fourni aux FSR armes, équipements, logistique, entraînement et personnel étranger. Les Émirats arabes unis ont systématiquement démenti tout soutien militaire aux FSR. La même mission a estimé disposer d’éléments suffisants pour croire que les SAF avaient, de leur côté, développé leurs propres capacités de drones grâce à des systèmes fournis par l’étranger depuis la fin de 2023, et que des drones d’origine étrangère utilisés par les deux camps avaient frappé des habitations, des hôpitaux, des écoles et des marchés — des frappes susceptibles, selon la mission, de constituer des crimes de guerre. DefenceMENA a déjà examiné les systèmes de drones documentés dans les deux camps de la guerre au Soudan ainsi qu’une revendication contestée de destruction d’un CH-95 par un AKINCI dans ce même conflit.

Ces conclusions de l’ONU s’ajoutent à un autre développement, moins médiatisé, rapporté le 9 octobre : la défection d’un commandant des tâches spéciales des FSR vers l’armée soudanaise, l’un des signes récents de tensions au sein de la chaîne de commandement de la force paramilitaire.

Les agences humanitaires de l’ONU estiment que la guerre a tué environ 150 000 personnes et déplacé plus de 13 millions d’autres, avec des conditions de famine signalées dans certaines parties du Darfour, selon des chiffres cités par l’UNRIC lors des débats du Conseil.

Pourquoi c’est important pour l’Afrique

Ce vote souligne à quel point le Conseil de sécurité dispose de peu de moyens de pression sur une guerre devenue l’une des plus grandes crises humanitaires et de déplacement au monde, ainsi que les divisions persistantes entre ses membres permanents sur la réponse à apporter. Pour les gouvernements africains et les blocs régionaux, ce résultat illustre aussi les limites de la diplomatie du contrôle des armements lorsque des puissances extérieures continuent de faire circuler des armes en dépit des mesures de l’ONU : l’embargo sur le Darfour existe depuis 2004 et n’a guère empêché des drones et équipements d’origine étrangère de parvenir aussi bien aux SAF qu’aux FSR. Les États voisins, du Tchad à la Libye et au Soudan du Sud, continuent d’absorber des flux de réfugiés et de faire face à des risques de débordement, tandis que l’Union africaine peine à faire exister une voie de médiation parallèle qui pèse réellement aux côtés du processus onusien.

Sources

  • The Defense Post, sur le vote du Conseil de sécurité du 9 octobre
  • Al Jazeera, sur les conclusions de la mission d’enquête onusienne de septembre
  • The National, sur les drones d’origine étrangère utilisés par les forces armées soudanaises
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Amadou Diallo Auteur/autrice All articles

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