Sénégal à l’AFRIDEX : juger les partenariats de défense africains par leurs résultats, pas par les dons

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Lors du premier salon continental de défense d’Afrique, les forces armées sénégalaises n’ont pas profité de leur tribune pour annoncer un achat, mais pour remettre en question la façon dont les armées africaines mesurent les partenariats qu’elles entretiennent déjà. Le message venu de Dakar : cesser de comptabiliser le matériel donné et les places de formation, et commencer à mesurer les lacunes opérationnelles réellement comblées.

Photo : un soldat sénégalais applique un garrot lors d’un échange sur les gestes de sauvetage au combat avec les forces américaines Marine Forces Europe and Africa, pendant l’exercice African Lion 2024, à Dodji, au Sénégal. Crédit : U.S. Army Reserve, photo du Sgt. Ricky Gavilan, domaine public, via Wikimedia Commons

Lors d’un panel organisé le 27 octobre à l’occasion du premier Africa International Defence Exhibition (AFRIDEX) à Lagos, le général de brigade Latif Kamara, directeur général de l’Institut sénégalais de défense, a porté la parole du vice-amiral Oumar Wade, chef d’état-major général des Armées sénégalaises, pour plaider en faveur de ce qu’il a appelé des partenariats de défense orientés vers les résultats, a rapporté defenceWeb. L’argument était sans détour : le matériel donné et les stages de formation, pris isolément, ne répondent plus à l’ampleur de la menace à laquelle font face les forces africaines.

Une région qui concentre la moitié de la violence insurrectionnelle mondiale

Le panel, modéré par le général de division britannique à la retraite Neil Sexton, a cité un chiffre marquant : le Sahel représenterait aujourd’hui environ 50 % des décès liés à l’insurrection et au terrorisme dans le monde, un fardeau qui pousse les États sahéliens comme les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest à regarder au-delà des aides bilatérales vers une coopération structurelle plus profonde.

La position défendue par Wade, relayée par Kamara, est que les partenariats doivent être jugés à l’aune de ce qu’ils changent sur le terrain : l’interopérabilité entre forces alliées, la fermeture de lacunes opérationnelles précises, et la capacité des armées africaines à en sortir plus autonomes. Parmi les priorités citées figurent l’entraînement conjoint, le partage de renseignement, la planification opérationnelle coordonnée, la capacité de maintenance et la logistique — l’infrastructure peu spectaculaire qui détermine en réalité si une mission réussit une fois les caméras parties.

La logistique, et non le matériel, comme véritable facteur limitant

Ce constat a été renforcé par le général de division John Clark, commandant de l’Integrated Global Defence Network au ministère britannique de la Défense, qui a évoqué la coordination logistique des forces multinationales opérant en Afrique subsaharienne. Selon lui, les missions pourtant bien planifiées échouent rarement par manque d’équipement, mais à cause de chaînes d’approvisionnement incompatibles, de systèmes de communication disparates et de procédures nationales divergentes entre les forces contributrices — des frictions qui apparaissent dès que plusieurs armées africaines, ou des forces africaines et étrangères, tentent d’opérer ensemble.

Les deux intervenants ont pointé le même problème de fond qui mine les coalitions multinationales de contre-insurrection depuis la défunte Force conjointe du G5 Sahel jusqu’aux missions actuelles mandatées par l’Union africaine : des coalitions assemblées rapidement sur le papier finissent par caler sur le terrain, faute de savoir qui entretient quel équipement, quelles radios communiquent entre elles, ou quelle armée est habilitée à solliciter l’appui des moyens d’une autre. Les échanges du panel de Lagos ont également porté sur la production locale de défense, le soutien du matériel sur toute sa durée de vie, le développement des compétences techniques et la nécessité d’arrangements de commandement et de responsabilité convenus avant le lancement des opérations multinationales, plutôt qu’improvisés en cours de mission.

Le Sénégal appuie son discours par son propre bilan d’acquisition

Le Sénégal ne plaide pas de l’extérieur. Dakar a passé les dernières années à diversifier ses fournisseurs plutôt qu’à dépendre d’un seul partenaire : acquisition d’un radar de surveillance aérienne Ground Master 400 de Thales en France pour combler une lacune ancienne dans le domaine aérien, achat de patrouilleurs hauturiers construits par OCEA pour étendre la portée de sa marine sur les approches atlantiques qu’elle doit surveiller face à la pêche illégale et aux trafics, et organisation régulière d’exercices multinationaux comme Flintlock qui réunissent sur le sol sénégalais des forces nigériennes, nigérianes, européennes et américaines. Ce choix d’acquérir des capacités de façon délibérée, plutôt que d’accepter n’importe quel stage ou don disponible, correspond au cadre décrit par Kamara à Lagos.

Le Nigeria, qui accueille AFRIDEX pour la première fois, développe un argument parallèle côté industriel. Lagos a profité de l’ouverture du salon pour promettre des chars, des blindés et des drones produits localement d’ici un an, tandis que les industriels turcs ont profité du salon pour promouvoir la coproduction plutôt que la simple vente d’équipement — deux signaux allant dans le sens du virage décrit par Wade, loin des achats transactionnels, vers une capacité locale durable.

Pourquoi c’est important pour l’Afrique

Les insurrections du Sahel ont mis en lumière les limites d’une diplomatie fondée sur le don de matériel : le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont hérité d’arsenaux occidentaux conséquents avant d’expulser les forces qui en formaient les équipages, et le matériel restant ne vaut que ce que valent les filières de maintenance et les structures de commandement qui l’accompagnent — une réalité qu’illustre notamment le salon de défense de Bamako, où le Mali cherche justement de nouveaux partenaires industriels. Pour les États d’Afrique de l’Ouest et du Sahel qui évaluent les offres de la France, de la Türkiye, de la Russie, de la Chine ou des pays du Golfe, le cadre proposé par Wade offre un test concret : un accord construit-il une capacité que la force bénéficiaire peut faire fonctionner et entretenir elle-même, ou crée-t-il simplement une nouvelle dépendance sous un autre drapeau ? Pour les armées de la région encore en train d’arbitrer entre leurs partenaires, cette distinction devrait peser sur les décisions d’acquisition bien au-delà de Lagos.

Sources

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Amadou Diallo Auteur/autrice All articles

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