Frappes de drones sur Ed Damazin : ce que l’on sait des combats dans le Nil Bleu soudanais
Des frappes de drones sur Ed Damazin, capitale de l’État soudanais du Nil Bleu, ont tué au moins quatre civils à l’aube du mercredi 7 octobre 2026 et endommagé les domiciles de deux ministres régionaux, selon Reuters et des sources locales. Les autorités locales et des organisations de la société civile accusent les Forces de soutien rapide (FSR), paramilitaires, et leur allié, le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (SPLM-N). Les FSR n’ont pas réagi. L’attaque a suivi une frappe contre la résidence du gouverneur le 3 octobre et des combats au sol au nord-est de la ville, près du barrage de Roseires et de la frontière éthiopienne. Voici ce qui est confirmé, ce qu’affirme chaque camp et pourquoi le front du Nil Bleu compte.
Photo : le barrage de Roseires sur le Nil Bleu, près d’Ed Damazin, février 2025 (photo d’archives). Crédit : Mustafa Barrin, CC0, via Wikimedia Commons
Mise à jour, 18 octobre 2026 : le communiqué de l’armée sur le drone abattu près de Wad al-Mahi a d’abord été publié par le compte officiel des Forces armées soudanaises sur X, le 12 octobre à 06h09 GMT. Six jours plus tard, l’armée n’a diffusé aucune photo ni vidéo de débris, et DefenceMENA n’a relevé aucune réaction publique du gouvernement éthiopien. Le type de drone, son opérateur et son point de lancement restent inconnus.
Cette annonce faisait suite à une accusation similaire d’un responsable local. Rendant compte de la frappe du 9 octobre près d’un camp de déplacés à Wad al-Mahi, Al Jazeera a cité Mahjoub Al-Sheikh, gouverneur de la localité de Wad al-Mahi, selon qui un drone des FSR a tué 26 femmes et quatre enfants. Il a déclaré à l’AFP que l’appareil avait été lancé « depuis l’intérieur de l’Éthiopie ». L’Éthiopie a démenti de précédentes accusations soudanaises selon lesquelles elle accueillerait des combattants et des bases des FSR. Ni la version du gouverneur sur le lieu de lancement ni celle de l’armée sur la trajectoire du drone n’ont été vérifiées de façon indépendante.
Mise à jour, 12 octobre 2026, 13h40 GMT : l’armée soudanaise affirme que sa défense aérienne a abattu un « drone stratégique hostile » près de Wad al-Mahi, dans le sud-est de l’État du Nil Bleu, le soir du dimanche 11 octobre. Dans un communiqué publié lundi, le Commandement général a indiqué que le drone avait été suivi dès son passage de la frontière « en provenance de la direction de l’Éthiopie », a rapporté l’agence officielle SUNA. L’armée n’a précisé ni l’opérateur, ni le type, ni l’origine, ni la cible du drone, a relevé Anadolu. Aucun débris n’a été montré publiquement et l’affirmation n’a pas été vérifiée de façon indépendante. L’Éthiopie a démenti de précédentes accusations soudanaises selon lesquelles des drones seraient lancés depuis son territoire.
Wad al-Mahi a connu certaines des pires violences récentes de l’État. Le 9 octobre, le Sudan Doctors Network a indiqué qu’une frappe de drone des FSR contre un camp de déplacés dans la zone d’Abou Shandi avait tué 31 civils, dont quatre enfants, et fait 19 blessés, selon Anadolu. Les FSR n’ont pas réagi. L’Organisation internationale pour les migrations a indiqué qu’environ 2 800 personnes avaient fui dix villages de Wad al-Mahi le 3 octobre. L’annonce intervient alors que le différend entre l’Éthiopie et l’Érythrée est arrivé au Conseil de sécurité de l’ONU ; voir Ethiopia Invokes Self-Defence Against Eritrea at the UN (en anglais). La liste « Ce qui est confirmé » ci-dessous a été mise à jour.
Ce qui s’est passé à Ed Damazin le 7 octobre
Reuters, citant des sources locales, a fait état de frappes de drones « présumées » des FSR ayant tué au moins quatre civils dans des quartiers résidentiels du district d’al-Hijra. Les frappes ont aussi endommagé les résidences des ministres régionaux des Finances et de l’Information. Reuters y voit une escalade des frappes à longue distance contre les villes tenues par le gouvernement.
Radio Dabanga a donné les noms des quatre victimes, toutes des femmes : deux appartenaient à la même famille et deux étaient voisines, selon Ali Hajo, secrétaire général de la Blue Nile Civil Society Initiative. Une mosquée a été endommagée. Le collège technique d’Ed Damazin a indiqué que deux drones avaient frappé son campus, endommageant amphithéâtres, bureaux et laboratoires. Le ministre des Finances, Molana Abbas Kara, a écrit sur Facebook que les FSR avaient tiré quatre missiles sur son domicile depuis un « drone stratégique », dénonçant une tentative d’assassinat manquée. Selon Dabanga, personne n’a été blessé chez lui.
Aucun responsable n’a précisé le type de drone utilisé et aucun débris n’a été publiquement identifié. Le terme « drone stratégique » employé par Kara désigne généralement des appareils plus grands, à longue portée, qui tirent des munitions guidées ; les petits drones d’attaque à usage unique relèvent d’une autre catégorie. DefenceMENA n’a pas pu vérifier de quel type d’appareil il s’agissait. Notre analyse des drones dans la guerre au Soudan (en anglais) fait le point sur ce que les enquêteurs de l’ONU ont documenté sur les flottes de chaque camp.
La frappe antérieure contre la résidence du gouverneur
Le samedi 3 octobre, le gouverneur du Nil Bleu, Ahmed al-Omda, a affirmé sur Facebook que des drones kamikazes des FSR avaient visé son domicile et plusieurs sites civils, photos des dégâts à l’appui. Il a assuré que la défense aérienne avait repoussé l’attaque, sans donner de bilan, ont rapporté Radio Dabanga et Reuters. Selon Reuters, des frappes antérieures avaient également touché des dépôts de carburant et des infrastructures municipales. Ed Damazin accueille des milliers de personnes déplacées par les combats ailleurs dans la région, selon l’Observatoire des droits humains d’Al Jazira.
Combats au sol près du barrage de Roseires
Les frappes de drones coïncident avec une offensive FSR–SPLM-N dans la localité de Roseires, au nord-est d’Ed Damazin. Le 3 octobre, l’alliance Tasees, alignée sur les FSR, a revendiqué le « contrôle total » de plusieurs zones, dont Menze, Jabal El Nimr et Basharkat. Elle a aussi affirmé avoir saisi plus de 20 véhicules de combat et capturé un grand nombre de soldats. Radio Dabanga a relayé le communiqué ; l’alliance n’a donné aucun chiffre sur les prisonniers.
L’armée conteste cette version. Sa 4e division d’infanterie affirme que ses troupes et leurs alliés ont porté un « coup décisif » aux assaillants dans les secteurs de Minza et Bashkarkad, leur infligeant de lourdes pertes et les forçant à se replier, selon Anadolu. Elle n’a donné aucun bilan. Aucune des deux versions ne peut être vérifiée de façon indépendante. Les combats se déroulent près de la zone de Kadalo, à la frontière éthiopienne et le long du réservoir de Roseires.
Le barrage de Roseires, juste en amont d’Ed Damazin, est l’une des principales centrales hydroélectriques du Soudan et régule le débit du Nil Bleu vers les terres irriguées du centre du pays. La zone a donc une importance stratégique qui dépasse la ville elle-même. Ailleurs au Soudan, ce sont les frappes de drones contre les centrales électriques, les dépôts de carburant et les barrages qui ont causé les perturbations les plus étendues.
L’évolution du front du Nil Bleu
Le Nil Bleu est redevenu un front actif en janvier 2026, lorsque les FSR et des combattants du SPLM-N ont commencé à attaquer des positions de l’armée. Ahram Online identifie les combattants du SPLM-N dans le Nil Bleu comme une faction dirigée par Joseph Tuka. L’alliance s’était emparée plus tôt dans l’année des villes frontalières de Kurmuk et de Geissan. L’armée a affirmé en juillet avoir repris plusieurs positions, puis les deux villes, selon Ahram Online. En septembre, le chef de l’armée soudanaise, le général Abdel Fattah al-Burhan, s’est rendu à Ed Damazin pour inspecter les troupes de première ligne, a rapporté The EastAfrican.
Le gouvernement soudanais, dominé par l’armée, accuse l’Éthiopie de laisser des drones entrer dans le Nil Bleu depuis son territoire, ce qu’Addis-Abeba dément. En septembre, le commissaire de Kurmuk a affirmé que des camps situés de l’autre côté de la frontière servaient à entraîner des combattants des FSR et à préparer des opérations de drones. Le ministère éthiopien des Affaires étrangères a jugé ces accusations « sans fondement » et précisé que ses forces étaient stationnées près de la frontière de façon habituelle. En mai, l’armée soudanaise avait affirmé que l’un de ses Akıncı avait détruit un autre Akıncı entré, selon elle, depuis l’Éthiopie près d’Ed Damazin. L’Éthiopie avait déjà rejeté ces accusations. Ce différend s’inscrit dans des tensions plus larges dans la Corne de l’Afrique, que nous avons couvertes à propos de la déclaration d’El Alamein et de la réponse de l’Éthiopie (en anglais).
Pourquoi c’est important
Les frappes sur Ed Damazin reproduisent le schéma observé à Port-Soudan, Merowe et El Obeid : les drones permettent à une force dépourvue d’aviation classique d’atteindre des villes loin derrière la ligne de front et de frapper des domiciles de dirigeants, des dépôts de carburant et des services publics. Selon l’ONU, citée par Anadolu, les attaques de drones ont tué environ 1 100 civils au Soudan entre janvier et juin 2026. Pour l’armée, protéger en même temps une capitale régionale, un grand barrage et une longue frontière met à rude épreuve une défense aérienne limitée. Les combats air-air entre drones, abordés dans notre article sur les revendications d’abattage d’Akıncı et de CH-95 (en anglais), sont une réponse, mais ils ne peuvent pas couvrir toutes les voies d’approche.
Ce qui est confirmé et ce qui ne l’est pas
- Confirmé par plusieurs sources locales et internationales : des frappes de drones sur Ed Damazin le 7 octobre ont tué au moins quatre civils et endommagé des domiciles de ministres, une mosquée et un collège technique ; la résidence du gouverneur a été visée le 3 octobre.
- Attribué, non vérifié de façon indépendante : la responsabilité des FSR (affirmée par des responsables locaux, des organisations civiles et des sources de Reuters ; les FSR n’ont pas réagi) ; le tir de quatre missiles par un « drone stratégique » sur le domicile du ministre des Finances.
- Contesté : l’issue des combats dans la localité de Roseires. L’alliance Tasees revendique des gains territoriaux et des véhicules saisis ; l’armée dit avoir repoussé l’attaque.
- Allégué et démenti : les affirmations soudanaises selon lesquelles des drones entrent dans le Nil Bleu depuis l’Éthiopie. Le 12 octobre, l’armée a affirmé avoir abattu près de Wad al-Mahi un « drone stratégique hostile » arrivé « de la direction de l’Éthiopie », sans en préciser l’opérateur ni le type.
- Rapporté par une organisation médicale : une frappe de drone des FSR contre un camp de déplacés à Abou Shandi, Wad al-Mahi, le 9 octobre, qui aurait tué 31 civils (Sudan Doctors Network, via Anadolu).
- Inconnu : les types de drones, les sites de lancement et le bilan total des frappes de la semaine.
Sources
- Reuters (via Sudan Tribune): Suspected RSF drone strikes kill four civilians in Sudan’s Ed Damazin (7 octobre 2026)
- Radio Dabanga: Four women killed in drone strikes on Ed Damazin, Blue Nile (7 octobre 2026)
- Radio Dabanga: Fighting on Ethiopian border, drone attacks on Ed Damazin (4 octobre 2026)
- Anadolu Agency: Sudan’s army says it inflicted heavy losses on RSF, allies in Blue Nile state (3 octobre 2026)
- Ahram Online: Sudanese army repels RSF, allied rebel group attack near Ethiopian border (octobre 2026)
- The EastAfrican: Ethiopia, Sudan junta bicker again over RSF support claims (8 septembre 2026)
- SUNA: Air defences shoot down hostile strategic drone near Wad Al-Mahi in Blue Nile (12 octobre 2026)
- Anadolu Agency: Sudanese army says it shot down ‘hostile’ drone near Ethiopian border (12 octobre 2026)
- Sudanese Armed Forces (X): General Command press statement (12 octobre 2026)
- Al Jazeera / AFP: Drone strike kills 30 people in Sudan’s Blue Nile region (9 octobre 2026)
Note sur les éléments disponibles : l’accès au Nil Bleu est limité et les affirmations des deux camps sur le terrain ne sont pas vérifiées. Cette page sera mise à jour à la même adresse à mesure que des déclarations officielles ou des éléments indépendants apparaîtront. Version française établie le 18 octobre 2026 à partir de l’article anglais.





