Les États-Unis envisagent d’envoyer quatre ravitailleurs KC-10 retraités au Maroc
L’armée de l’air américaine a demandé à l’industrie d’étudier la remise en service de quatre ravitailleurs KC-10 Extender retraités, destinés à une force aérienne d’Afrique du Nord, et la presse spécialisée pointe désormais clairement vers le Maroc comme destinataire.
Photo : Un KC-10 Extender ravitaille un F-16 Fighting Falcon en vol lors d’une démonstration de l’US Air Force. Crédit : U.S. Air Force photo by Staff Sgt. Jerry Morrison, domaine public, via Wikimedia Commons
L’Air Force Life Cycle Management Center a publié le 7 octobre 2026 un avis d’étude de marché, référencé FA8625-27-R-B001, demandant aux industriels s’ils seraient capables de régénérer jusqu’à quatre KC-10 Extender, de les remettre en état de vol, d’obtenir une autorisation de vol ponctuelle, de les convoyer jusqu’à leur nouvel opérateur, puis d’assurer plusieurs années de soutien logistique contractuel et de formation. L’avis précise explicitement qu’il ne s’agit pas d’un appel d’offres et que l’Air Force n’acceptera aucune proposition spontanée ; les réponses des industriels sont attendues pour le 28 octobre 2026.
Les appareils seraient transférés dans le cadre du programme américain Excess Defense Articles, couplé à un contrat de vente militaire à l’étranger (Foreign Military Sales) pour financer la régénération et le soutien. L’avis ne nomme pas le pays bénéficiaire, le décrivant seulement comme un partenaire d’Afrique du Nord, mais des médias spécialisés comme The Aviationist et The War Zone ont réduit le champ des possibles au Maroc ou à l’Égypte. Une information publiée le 19 octobre par Infodefensa, citant le média marocain Médias24 et des sources proches du dossier, affirme que le Maroc est désormais la destination la plus probable, l’Égypte restant la seule alternative envisagée et la Tunisie étant écartée car son aviation militaire ne dispose pas des types d’appareils que ces ravitailleurs sont censés soutenir.
Rabat avait déjà refusé cette offre
Ce n’est pas la première fois que des KC-10 sont proposés au Maroc. Selon Infodefensa et le média marocain Bladi.net, les Forces royales air avaient reçu une offre antérieure portant sur des KC-10 excédentaires et l’avaient déclinée, rebutées par le coût d’exploitation d’un appareil dont les moteurs et les chaînes de pièces détachées ne sont plus produits, ainsi que par la complexité de constituer une flotte lourde de ravitailleurs à partir de rien. Le regain d’intérêt fait suite à l’avis d’octobre de l’Air Force, qui propose en substance de faire porter une grande partie de ce risque de régénération par un industriel avant la remise des appareils.
Le KC-10, construit par McDonnell Douglas (aujourd’hui intégré à Boeing) entre 1979 et 1987, a quitté le service actif de l’US Air Force en 2024, après une cérémonie d’adieu organisée en septembre de cette année-là, remplacé par le Boeing KC-46 Pegasus. La majorité des appareils retirés ont rejoint le cimetière du 309th Aerospace Maintenance and Regeneration Group, à la base aérienne de Davis-Monthan, en Arizona, où leur état actuel reste l’une des questions auxquelles l’avis de l’Air Force cherche à répondre.
Pourquoi la perche rigide compte pour les F-16 marocains
C’est la perche de ravitaillement rigide du KC-10 qui constitue l’attrait principal de l’appareil. Les Mirage F1 et les vieillissants F-5 marocains peuvent être ravitaillés par des systèmes à panier, que les Forces royales air mettent déjà en œuvre depuis des C-130 Hercules modifiés. Ce n’est pas le cas des F-16. Seul un ravitailleur équipé d’une perche rigide peut ravitailler la flotte de F-16 en vol, et le Maroc a dû compter sur des appareils français ou américains lors d’exercices conjoints pour cette capacité. La flotte de F-16 marocaine n’a cessé de croître : Rabat a réceptionné des F-16C/D Viper dans le cadre de contrats antérieurs et a commandé un nouveau lot d’appareils au standard Block 72, une modernisation que DefenceMena a suivie en détail (F-16 marocains : une flotte livrée, des Block 72 toujours attendus et Du F-5 Tiger II au F-16 Block 72 : la transition des chasseurs marocains).
Le Maroc a déjà étudié plusieurs pistes pour se doter d’une capacité organique de ravitaillement par avion à réaction. Les enquêtes d’Infodefensa énumèrent une série d’options jamais concrétisées : des KC-135 Boeing envisagés à la fin des années 1970, en pleine tension avec l’Algérie, une étude en 2006 sur la conversion de deux C-130H (qui n’aurait servi qu’aux Mirage et aux F-5), des KC-135F excédentaires écartés pour des raisons de coût, un Boeing 707-3W8C d’occasion finalement cédé à Israël, et l’Airbus A330 MRTT, écarté en raison de son prix, le plus élevé des options envisagées. L’avis relatif aux KC-10 est le premier de ces dossiers à s’accompagner d’une voie de livraison soutenue par le gouvernement américain plutôt que d’un simple achat sur le marché libre.
Le cas égyptien, et pourquoi il paraît moins solide
L’Égypte est l’autre candidat cité par la presse occidentale, et elle présente un manque flagrant : Le Caire ne dispose d’aucune flotte dédiée au ravitaillement en vol, même si elle acquiert par ailleurs deux C-130J-30 équipés de nacelles de ravitaillement. Plusieurs analystes estiment que le Maroc reste mieux placé, car sa flotte de F-16 est la première bénéficiaire du ravitaillement par perche rigide, et parce que les Forces royales air exploitent déjà la moitié « panier souple » de la mission, ce qui ferait d’une flotte de quatre KC-10 un complément plutôt qu’une première incursion dans le ravitaillement en vol.
Pourquoi c’est important pour l’Afrique
Si ce transfert se concrétise, le Maroc deviendrait la seule force aérienne africaine à exploiter un ravitailleur à réaction d’origine américaine, et la deuxième seulement du continent à disposer d’une capacité lourde de ravitaillement par avion à réaction, après l’Algérie, qui aligne une demi-douzaine d’Iliouchine Il-78 d’occasion achetés dans les années 1990. L’Afrique du Sud a exploité des Boeing 707-328C jusqu’à leur retrait en 2007, et aucune force aérienne subsaharienne n’a depuis comblé ce vide. Une flotte de KC-10 marocaine prolongerait considérablement le rayon d’action des F-16 de Rabat, un atout pour le type de missions de frappe à longue distance et de surveillance que le Maroc a menées au Sahara occidental, ainsi que pour son rôle croissant dans les exercices conjoints avec ses partenaires américains et européens. Ce serait aussi une nouvelle catégorie de puissance aérienne nord-africaine, à un moment où l’Algérie modernise elle aussi sa flotte et où l’équilibre régional entre les deux rivaux continue de se mesurer appareil par appareil.
Pour l’instant, il ne s’agit que d’une étude de marché, pas d’un contrat signé. L’Air Force insiste sur le fait que les réponses à l’avis d’octobre n’engagent à rien, et un appel d’offres formel, une notification officielle au Congrès ainsi qu’une attribution de contrat devraient encore suivre avant qu’un seul KC-10 ne touche le sol marocain. Mais la description géographique restrictive de l’avis, l’échéance du 28 octobre pour les réponses et l’agitation de la presse marocaine en font l’un des signaux les plus concrets à ce jour que Rabat est proche de combler la seule lacune de son aviation que les livraisons de F-16 ne peuvent, à elles seules, résoudre.
Sources
- Infodefensa : « Marruecos rechazó hace unos meses la compra de aviones cisterna KC-10… »
- The Aviationist : « KC-10 Extender tankers could fly again for a North African partner »
- The War Zone : « Retired KC-10 Extender tankers could get a second life with North African mystery operator »
- Bladi.net : « Les États-Unis ressortent quatre avions militaires de leur retraite : le Maroc pourrait en bénéficier »
- Air Data News : « US Air Force seeks to transfer four retired KC-10 tankers to North Africa »





